mardi 21 janvier 2014

Ou comment j’ai vu Indigènes dix mille ans après tout le monde (ou au moins huit)


Rachib Bouchareb ne fait pas dans la dentelle.

Des cavaliers aux visages sur lesquelles des chèches jettent leur ombre, soulèvent des nuages de poussière quelque part vers Sétif ; et déjà des vues quasi-aériennes voient se découper les troupes algériennes sur des flancs bruns escarpés ; petits soldats de plomb que l’on scrute à la jumelle.

Ici la guerre n’a pas les couleurs du drapeau de la Mère Patrie que l’on s’en va libérer, pas même celle du sang. Et elle ne sonne pas comme les ordres des généraux ou les sanglots pour les camarades abattus, ni comme une marche militaire de Wagner. Ici les couleurs disparaissent parce qu’il n’y a que la noirceur des explosions qui soulèvent la terre ; et la guerre a le bruit de métal de l’artillerie.

Si le film est chargé en pathos jusqu’à en faire déborder la coupe, il n’est pourtant pas là où on l’attend.

La fin tragique d’une poignée de tirailleurs dans le village alsacien qu’ils s’efforçaient de tenir, ne fait qu’écho au malaise persistant qu’Indigènes a construit, deux heures durant, une scène après l’autre.

Pendant ce temps, le spectateur a encaissé. Il s’est tordu les mains, a tressailli parfois ; et souvent, il aurait bien aimé sortir de la salle. Fermer les yeux sur ce régiment d’hommes aux voix légèrement brisées, qui chante la Marseillaise en s'en allant défendre une cause dont il est persuadé qu’elle est plus grande que lui.



Là, un tampon « censuré » s’abat sur les lettres d’un amour naissant et déjà avorté ; et ni Irène ni Moussaoud ne le sauront jamais.   



Ce qui soulève en définitive, ce ne sont pas les hommes abattus mais les espoirs qu’ils ont portés en vain. 




Ceci est une réaction à chaud; je sors tout juste de la projection. J'adorerais savoir ce que vous avez pensé de ce film. J'étais un peu jeune quand il est sorti mais je regrette tout de même de ne pas l'avoir vu plus tôt. Surtout, je me remémore mes cours d'histoire qui mentionnent rapidement les troupes venues des colonies: une ligne. Un chiffre. Point. 

Le film n'a peut-être pas réellement le pouvoir de "changer le cours de l'histoire", mais je pense qu'il a avant tout le potentiel d'être un formidable outil de sensibilisation, pour le présent et l'avenir. 

J'ai jeté un coup d'oeil aux critiques presse, et là, pas de surprise. "Mise en scène pataude" (Brazil), "un film de guerre lambda" (Les Cahiers du Cinéma), "un cours d'histoire schématique et sans grande âme" (Rolling Stones)... Mais au fond, on s'en fiche un peu. Le film n'a peut-être pas la qualité cinématographique d'un La Bataille D'Alger, mais il est bien plus puissant je crois.

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